« Connais toi, laisse à Dieu les secrets qu’il veut taire ;
L’homme est la seule étude à l’homme nécessaire.
L’homme entre deux pouvoirs vit toujours partagé,
Tel que l’isthme orageux par deux mers assiégé ;
Trop faible pour s’armer du courage stoïque,
Trop instruit pour flotter dans le doute sceptique,
Du corps ou de l’esprit doit-il suivre le vœu,
Commander ou servir, s’appeler brute ou Dieu ?
Maître et sujet de tout, héritier du ciel même,
Il voit également sa raison s’éclipser,
Quand il pense trop peu, quand il veut trop penser ;
Chaos tumultueux des passions contraires,
Vil jusqu’en ses grandeurs, grand jusqu’en ses misères,
Amoureux de soi-même, à soi-même en horreur,
Fait pour la vérité, n’embrassant que l’erreur,
Vide de biens réels, en faux biens il abonde,
La gloire, le jouet et l’énigme du monde. »
Alexander POPE (1688-1744), Essai sur l’Homme
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